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[ITW] Deaf Havana : "Si on sortait le meme disque encore et encore, ce serait insupportable"

[ITW] Deaf Havana : "Si on sortait le même disque encore et encore, ce serait insupportable"

24 Août 2018

Deaf Havana – Vendredi 24 août à 20h50 à la Scène Firestone

Après la sortie de leur troisième album, Old Souls (2013), les Anglais de Deaf Havana ont failli mettre la clef sous la porte. Ces cinq rockeurs décident alors de faire une pause pendant environ six mois. Tout redémarre quand leur guitariste leur joue des nouvelles chansons qu’il vient de composer : renversés par ce qu’ils viennent d’entendre, ils réaffirment leur passion. Résultat de cette fougue retrouvée, l’album All These Countless Nights (2017) confirme qu’il aurait été fort dommage de ne pas persévérer à la recherche de ces riffs chargés de rage, mais aussi d’émotion. Pour décrire leur niveau de performance sur scène, disons simplement qu’ils ont déjà joué en première partie de Muse et de Bruce Springsteen et qu’ils ont visiblement beaucoup appris de ces géants des stades.

Vous avez trouvé le nom de l’album et les titres des chansons avant même de les avoir écrites. Ce disque a été composé très rapidement, comme s’il avait été « préconçu » pour reprendre un terme que vous avez employé…

Lee Wilson : James (ndlr : le chanteur) avait déjà une idée de l’album qu’il souhaitait réaliser alors qu’il n’avait pas encore écrit de chanson. Il voulait que sa thématique soit plus ou moins en rapport avec la religion ou certains de ses aspects. Il voulait que les chansons partent de mots liés à ce thème plutôt que de choisir un mot issu des paroles pour les nommer.

« Rituals » marque une vraie rupture de ton et de sons avec le précédent album « All These Countless Nights ». Il est davantage marqué pop et lorgne du côté de l’électro. C’est une progression logique pour Deaf Havana ?

Tom Hogden : James est parti faire quelques démos avec notre ingénieur du son. Ils ont expérimenté et enregistré de nombreux morceaux. Le reste du groupe s’est greffé par la suite pour donner vie à ces chansons. Mais oui, c’est une progression logique et le fait que nous nous sommes fondus dans cette sonorité avec facilité le prouve.

Ce n’est pas la première révolution pour votre groupe. Il y a un besoin de se réinventer régulièrement…

Lee Wilson : Cela a été plus ou moins le cas à chaque album, même si All These Countless Nights était au final assez similaire à Fools and Worthless Liars selon moi. Ce sont les deux seuls albums où le son du groupe se ressemble. Faire sa révolution régulièrement permet de garder cette aventure musicale intéressante pour nous comme pour nos fans. Si on sortait le même disque encore et encore, ce serait insupportable.

Ces changements musicaux ont-ils un impact sur la manière dont on enregistre un album ?

Tom Hogden : Pour la première fois, nous n’étions pas un groupe réuni dans une pièce. Nous n’étions pas tous là à enregistrer une chanson du début à la fin. Il y avait davantage d’ordinateurs et de synthétiseurs !

Sebastian Spitz : Quand on finissait d’enregistrer nos parties, la chanson n’était pas encore terminée. Il y avait constamment des changements au cours de l’enregistrement.

Quand un groupe se réinvente ainsi, il y a toujours un risque que le public se détourne…

Lee Wilson : Je ne dirais pas que ça me fait peur car on doit d’abord faire la musique qu’on a envie et besoin de faire. Cela doit d’abord me faire plaisir avant de penser à ce que quelqu’un en pensera. Tant que nous sommes heureux avec notre musique.

Vu la sonorité de cet album, on se dit que vous ne pourriez plus écrire une chanson comme « Seattle », une chanson très folk aux paroles très mélancoliques…

Tom Hogden : C’est vrai. Et encore plus quand on se rappelle comment on l’a enregistré. Seattle était une chanson très naturelle pour nous à l’époque.

Lee Wilson : Tous les titres du nouvel album sont un peu à l’opposé. Mais des sons électro permettent de retrouver autrement cette ambiance.

Ce qui est étonnant, c’est que la musique que vous écoutez est désormais très loin de celle qui inspirait vos albums précédents…

Tom Hogden : Tellement de choses ! De la pop, du rock, de l’électro, de la house…

Lee Wilson : J’écoute beaucoup le groupe de rock indé Now Now en ce moment. Et je suis récemment devenu un fan de Kendrick Lamar. Ce qui est un peu triste, c’est que je ne suis pas tombé récemment sur un groupe de rock qui m’a vraiment excité. Cela explique aussi peut-être pourquoi nous délaissons un peu le rock. Je n’arrive pas à retrouver l’énergie et la beauté de grands groupes comme Oasis ou les Rolling Stones. Mais qui sait, peut-être que notre prochain album marquera notre retour au rock ?

Propos recueillis par Thomas Destouches