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Olivia Dean : "Personne ne peut vous rendre meilleur, si ce n'est vous-meme"

Olivia Dean : "Personne ne peut vous rendre meilleur, si ce n'est vous-même"

28 Août 2022

Perfectionniste, l’autrice-compositrice-chanteuse travaille actuellement sur son premier album et s’apprête à sortir un nouveau single. Le moment parfait pour la rencontrer et lui poser quelques questions sur ses inspirations et ses thèmes majeurs…

Votre musique est très inspirée par la soul music. Cette musique qui vient du cœur a pour mission d’élever les consciences, d’aborder des thèmes sociétaux forts ou des pensées intimes. C’est pour cela que je voulais aborder avec vous certaines thématiques qui se dessinent dans vos chansons.

ÉGALITÉ

Mais avant d’aborder vos chansons, je voulais parler de votre mère, Christine Dean. Elle travaille au sein du Woman’s Equality Party qui travaille pour « que les femmes jouissent des mêmes droits et des mêmes chances que les hommes, afin que tout le monde puisse prospérer. » Quand on est élevé par une telle figure, il en reste forcément quelque chose aussi dans la musique, n’est-ce pas ?

Aussi loin que je m’en souvienne, ma mère a toujours une grande source d’inspiration pour moi. Tout le monde dit cela, je pense, mais elle est la personne la plus forte du monde. Elle m’a toujours transmis cette idée, ce mantra que je pouvais tout faire. Elle n’arrêtait pas de me dire que si je voulais atteindre quelque chose, je devais persévérer. Je lui en suis très reconnaissante et je sais que j’ai de la chance. Elle m’a toujours soutenu. Tout cela a forcément eu une influence sur la manière dont je travaille. Par exemple, j’aime collaborer avec des femmes et je m’assure qu’il y ait des hommes et des femmes dans mon équipe, que tout le monde soit bien représenté. Bien sûr que ma musique s’adresse à tout le monde, et je veux que ce soit ainsi. Mais je crois fermement qu’il faut que ma musique donne aux femmes un sentiment de pouvoir, que, comme le faisait ma mère, elle procure ce sentiment qu’elles peuvent tout faire.

FÉMINISME

Vous le disiez, vous faites en sorte que votre équipe soit composée d’hommes ET de femmes. Je prolonge : le clip d’OK Love you bye est réalisé par Stella Scott, celui de The Hardest Part par Claire Arnold, ceux d’Echo et Be my own boyfriend par Aliyah Otchere et vous avez co-réalisé Slowly… C’est loin d’être un accident, n’est-ce pas ?

Ce n’est effectivement pas du tout un accident. C’est un choix. Je suis celle qui écrit les chansons. Elles ont cette vision qui est la mienne, celle d’une femme. Il me semblait naturel que la dimension visuelle, à travers les clips, vienne de cette même perspective. Et puis il y a tellement de réalisatrices incroyables qui n’ont pas toujours de vraies opportunités. Enfin c’est un processus très excitant pour moi : quelle réalisatrice va-t-on trouver pour la prochaine vidéo ? Probablement, en tout cas je l’espère vraiment, je vais continuer dans cette direction, à faire appel à des réalisatrices. Je ne me vois pas casser cette règle dans le futur.

LE LIEN

Dans Echo, vous parlez du déséquilibre éventuel dans une relation, qu’elle soit amicale ou amoureuse, du fait qu’un lien doit se reposer sur la réciprocité…

J’ai écrit cette chanson sous le coup de la frustration. Je suis une personne très empathique. Je ressens vraiment l’énergie des personnes. La chanson parle de cette personne que j’aimais vraiment et à laquelle je faisais très attention. Mais, à un moment où j’avais vraiment besoin de soutien, elle n’a pas été là pour moi. Cela m’a rendu à la fois triste et furieuse. Comme vous l’avez dit, l’amour a besoin de réciprocité. Une personne ne peut pas juste tout donner pour l’autre. Donc à ce moment-là, pour moi, j’avais besoin d’écrire cette chanson. Et j’adore la jouer, souvent très tôt dans mes concerts parce qu’elle me donne l’énergie nécessaire.

LA COMMUNICATION

Avec Password Change, vous parlez de l’impossibilité de savoir ce qu’il y a dans la tête de la personne en face de soi. Et qu’il y aura donc toujours une forme de trou, de distance…

Aussi amusant que cela puisse paraître, je communique très mal, je ne sais pas bien partager mes sentiments avec les gens que j’aime. C’est différent quand on fait une chanson. Quand on l’écrit, on a le temps de mûrement réfléchir, de penser à ce qu’on sent et ressent, de choisir les mots les plus appropriés, de construire poétiquement la pensée. Mais quand on est face à face avec quelqu’un, il faut être honnête et vulnérable tout de suite. Pour moi, c’est vraiment effrayant. J’y travaille. Mais oui, la communication est la clé dans une relation. Je crois donc que c’est un thème que j’aborde beaucoup.

L’INJONCTION

Dans notre société, il y a toujours cette injonction à être en couple, cette incompréhension face aux gens qui veulent rester célibataires ou se sentent très bien dans le célibat. Be My Own Boyfriend déroule un discours puissant contre cela : on peut être heureux seul, on peut se sentir puissant sans quelqu’un, on doit s’aimer soi-même d’abord…

C’est peut-être un cliché qui circule trop facilement ou souvent mais j’y crois absolument. En ce qui concerne la relation de couple, je ne crois pas à la formule de « l’autre moitié. » Je suis une personne complète. Vous êtes une personne complète. Si vous cherchez quelqu’un pour rendre votre vie meilleure, je pense que vous vous trompez. Personne ne peut vous rendre meilleur, si ce n’est vous-même.

Propos recueillis par Thomas Destouches

Crédit photo : Olivier Hoffschir