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Le mag'

Oracle Sisters : “On peut avoir de la chance, mais tout artiste doit travailler”

Oracle Sisters : “On peut avoir de la chance, mais tout artiste doit travailler”

02 Nov 2022

Ce trio fait penser à une auberge espagnole où se croisent au gré du vent des âmes sœurs venues de différents pays – la Belgique pour Lewis Lazar (qui a habité plusieurs années à New-York) et Christopher Willatt (qui a vécu à Edimbourg), la Finlande pour Julia Johansen (mannequin à ses heures perdues). Basée à Paris, cette joyeuse troupe sans frontières a enregistré son premier album sur l’île grecque d’Hydra.

Après une tournée printanière en première partie de Miles Kane, les Oracle Sisters continuent de semer les graines de leur carrière bourgeonnante. Nous les avons rencontré, lors de leur passage à Rock en Seine, pour un entretien dans lequel, là encore, les voix s’entremêlent.

Vous écrivez comment ? 

Il n’y a pas de règle, c’est certain. Mais au bout d’un moment, tu sais un peu comment ça marche. Mais je dirais que le plus souvent, ce sont les mélodies qui font naître des mots. 

Comment sait-on quand on va dans la bonne direction ?

On adore ces questions (rires). En fait, soit c’est une discipline, tu sais que tu dois sortir un titre, donc tu crées, puis après tu fais le tri, tu enlèves le mauvais et tu gardes le moins mauvais. Ou alors, on suit l’inspiration. Noel Gallagher disait que quand il avait une idée de chanson, il allait se faire un café. Et si l’idée est toujours là quand il revient, alors elle est bonne. C’est comme si la chanson devait être écrite. Parce que finalement, tu peux écrire une chanson toutes les dix minutes si tu le veux. 

La discipline, ça aide vraiment ?

Oui, ça se travaille, l’inspiration se trouve en travaillant. Si tu restes toute la journée dans ta chambre, tu n’arrives pas à être joyeux, alors que sortir peut te donner le sourire. C’est ça en fait : il faut se lancer. Et une fois que tu le sais, ça fonctionne. Mais évidemment, il faut aussi être ouvert aux choses qui peuvent venir sans prévenir. Après, on peut avoir de la chance, mais tout artiste doit travailler. 

Le cliché de l’artiste qui doit être triste pour écrire une chanson triste, heureux pour une chanson heureuse… C’est vrai dans votre cas ? 

Je dirais que ça fonctionne presque dans l’autre sens. Quand on écrit un truc très intense, ça peut nous plonger dans une véritable mélancolie. Mais en réalité, quand tu es très triste, tu n’as pas forcément envie de bosser et de composer. Logique. J’ai un ami, qui est un grand songwriter, qui surfe beaucoup en ce moment, il trouve son bonheur là-dedans, et il me disait en rigolant que c’était une catastrophe, il n’allait plus jamais écrire une seule chanson de sa vie. Il veut vite rentrer à Paris (rires). 

Les textes, on se censure en amont ? Parce que tout le monde sera libre par la suite de les interpréter. 

Consciemment, non, mais inconsciemment, oui, peut-être que la plume n’est pas aussi libre et honnête qu’elle pourrait l’être. En même temps, les gens se projettent tellement dans tes textes, ils y mettent tellement de leurs propres expériences, que tu peux dire des choses assez intimes, et cela n’aura pas le même sens pour eux. 

Une chanson doit-elle avoir un sens ?

Hum, cela peut être des images. J’aime les chansons narratives, mais tu ne peux pas écouter la même histoire à chaque fois. 

Propos recueillis par Nico Prat

Photos : Victor Picon