Aller au contenu principal
Le mag'

[ITW] The Psychotic Monks : "On a appris a se laisser surprendre"

[ITW] The Psychotic Monks : "On a appris à se laisser surprendre"

28 Août 2018

Qui sont ces « moines psychotiques » qui se décrivent sur leur page Facebook comme « un chaos autant réfléchi qu’incontrôlable » ?

Sans toge ni tonsure, ce groupe parisien refuse le concept d’avoir un leader/gourou et préfère faire bloc pour prôner le bruit et la fureur. Les Psychotic Monks ont sorti l’an dernier un premier album, Silence Slowly And Madly Shines, dont les déflagrations nerveuses agitent encore le rock français. Après avoir sillonné les routes de France et d’Europe lors de tournées à rallonges, ces rockeurs incisifs viennent de décrocher en avril dernier le Prix Chorus, tremplin pour accompagner de jeunes talents français. Ils méritent amplement ce coup de projecteur sur leurs brûlots aux guitares déchiquetées et saturées, chantés en anglais, qui laissent parfois la place à des moments de répit et de contemplation – le calme avant la tempête, en somme.

Il y a deux ans vous débarquiez à Rock en Seine. Que s’est-il passé depuis ?

Clément : On a vécu pas mal de choses chacun de notre côté. Mais on a surtout énormément de temps dans notre studio et on a beaucoup tourné. Et là on vient de signer pour notre 2ème album. Pendant cette période, on a aussi découvert beaucoup d’artistes, de Girl Band au premier album de Nick Cave. Des choses que l’on ne connaissait pas forcément il y a 2 ans. Cela nous a fait du bien.

Arthur : Un sacré bordel ! C’est deux ans d’expérimentation de notre côté et en live. On continue à se chercher, à essayer de faire vivre notre musique.

Martin : On a beaucoup tourné et voyagé. On a fait près de 50 000 kilomètres !

Clément : En Belgique et en Angleterre, on a pris quelques belles claques. En voyant certains groupes sur scène, on a réalisé qu’il était possible de faire vraiment pleins de choses.

Durant ces deux années, il y a eu aussi un album tout de même ! Vous dites souvent que la musique sert à vous libérer. Est-ce que sortir un premier album est une libération ?

Clément : C’était une première étape du groupe à 4. Auparavant, on avait sorti deux EPs. On a passé beaucoup de temps à essayer des choses. Mais il fallait tester ce truc du « premier album ».

Arthur : Il y a une part de libération. Mais c’est peut-être le cas à chaque sortie. Mais il y a aussi une part de frustration au moment de figer la musique, de définir la forme qu’aura chaque chanson. Bien évidemment on peut la retravailler, la développer en live, mais à un moment donné il faut la figer.

Clément : Les morceaux évoluent toujours. On découvre sans arrêt que l’on peut jouer une chanson d’une manière ou d’une autre complètement différente.

Justement, en parlant de figer la musique, quand est-ce qu’on décide qu’une chanson sur laquelle on travaille depuis des semaines voire des mois est « finie » ?

Martin : Cela dépend du live. Quand elle est jouée sur scène, forcément ça les fige un peu. Il y a des morceaux que l’on joue depuis plus d’un an entre nous mais que l’on n’a pas encore testé sur scène. Pour d’autres morceaux, c’est plus rapide. Une semaine après son écriture, on la joue sur scène.

Paul : Peut-être qu’une chanson est terminée à partir du moment où tu ne peux plus la jouer sur scène !

Comment qualifieriez-vous ce premier album ?

Paul : C’est une ébauche d’invitation au voyage faite par des gens un peu ignares qui ne savent pas trop ce qu’est un voyage.

Martin : C’est une première expérience. On a beaucoup bidouillé, on a expérimenté. Il y a eu des imprévus. On a essayé de créer une histoire. C’est un peu dur d’en parler maintenant, parce qu’on est déjà dans le deuxième…

L’expérience du premier sert pour le second d’ailleurs ? Ou on remet tout à plat ?

Clément : On l’a fait différemment. On est partis trois semaines dans une maison au fin fond de la Creuse juste pour faire des pré-productions. On a pris tout ce temps pour aller au bout de chaque chanson. On va les jouer dans une petite tournée organisée à l’automne, avant d’aller les enregistrer. Pour le premier album, on jouait déjà les chansons en live mais on ne les avait pas autant exploré.

Arthur : On a peut-être l’envie de casser tout par rapport à l’album précédent. Le renouveau, c’est quelque chose qui nous parle. Il faut essayer de le faire à chaque fois.

Vous essayez de faire parler au maximum votre inconscient dans vos compositions et dans vos concerts. Mais cette nouvelle organisation que vous mettez en place ne va-t-elle pas justement à l’encontre de l’expression de cet inconscient ?

Paul : On essaie de comprendre qu’il est là et donc d’essayer de créer les conditions pour qu’il puisse s’exprimer. Paradoxalement, on essaie ainsi de l’enfermer le moins possible. Tu peux toujours te dire « J’ai envie de faire une chanson ou un album comme ça… » mais tu sais que cela ne sera jamais exactement comme tu l’attends. Mais si tu crées la pièce dans laquelle tu as tout à disposition pour qu’il s’exprime au moment voulu, cela peut fonctionner. On n’essaie pas de contrôler le résultat mais le processus.

Martin : On a vraiment appris à se laisser surprendre. Et cela va aussi dans le sens de ne pas vouloir se répéter. On ne sait pas trop la musique que l’on fera dans un an. On se laisse porter.

Arthur : En live, tu te retrouves confronté à des choses qui t’échappent. La nuit, tu te demandes encore pourquoi tu as joué comme ça, pourquoi tu as réagi de cette manière à ce moment…

Et donc le 2ème album sort quand ?

Clément : En 2019. On ne donne pas de dates parce qu’avec le premier, on avait pris tellement de retard !

Propos recueillis par Thomas Destouches