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[ITW] The Regrettes : "La musique est sans doute le meilleur moyen de transmettre"

[ITW] The Regrettes : "La musique est sans doute le meilleur moyen de transmettre"

03 Sep 2018

C’est le secret le mieux gardé du rock californien –et ça ne devrait plus le rester très longtemps, surtout après les avoir vus en concert.

A une époque où le hip-hop domine les charts, les Regrettes proposent une alternative très alléchante. Composé de trois filles et d’un garçon à peine majeurs sur leurs passeports, ce (très) jeune quatuor de L.A. met ses guitares bien avant. Menés par la sauvageonne Lydia Night (chanteuse, guitariste et unique songwriter du groupe), ces Californiens font entrer en collision punk échevelé et doo-wop des Fifties, esprit des riot grrrls et cascades d’harmonies vocales. Leurs hymnes féministes sont déjà disponibles sur leur tout premier album, Feel Your Feelings Fool!, sorti en janvier 2017 chez Warner. Coup de cœur imminent.

Quand vous jouez en festival, le public ne vient pas nécessairement pour vous, c’est la grande différence avec un concert que vous faites en tête d’affiche. Est-ce que cela induit une énergie particulière ?

Genessa Gariano : On doit en effet en faire plus pour les convaincre. Il y a cette distance naturelle entre le public et le groupe, et on doit faire en sorte de la casser. On doit donc avoir ce petit quelque chose en plus, ce supplément d’énergie parce qu’il est tout simplement difficile de créer la connexion.

Y a-t-il un moment durant le concert où vous vous dites « ça y est, on les tient » ?

Lydia Night : Oui, exactement ! Mais c’est presque imperceptible, on ne peut pas vraiment le décrire. L’énergie change à ce moment-là.

Votre musique dégage une forme de réminiscence des années 50 et 60…

Lydia Night : C’est la musique que mes parents écoutaient quand j’étais enfant : Elvis, Buddy Holly, Patsy Cline, The Rolling Stones, The Ramones, The Ronettes…

The Ronettes, justement, est un nom de groupe qui rappelle justement le vôtre. Quelle est l’origine de « The Regrettes » ?

Lydia Night : Tiens, c’est vrai pour les Ronettes ! Mais je ne me souviens pas vraiment de l’origine de notre nom. Mais je crois que l’intention d’origine était d’utiliser un mot aussi profond que sombre, « Regrets », et d’y ajouter une petite touche particulière.

Votre chanson « Living Human Girl » est un résumé du message que votre groupe essaie de transmettre…

Genessa Gariano : C’est ma chanson préférée ! Tout le monde peut l’écouter et comprendre son message. La musique est sans doute le meilleur moyen de transmettre, en l’occurrence ici ce message d’émancipation, d’affirmation. Si j’avais pu l’écouter étant plus jeune, j’aurais sans doute mieux compris certaines choses et je me serais probablement sentie plus confortable. Mais j’ai aussi la conviction que si une personne de plus de 50 ans l’entend, elle comprendra le message.

Et ce message est transmis par une musique très énergique, gaie même. C’est là encore une des dualités de votre groupe : le message, qu’il soit profond ou sombre, est porté par une mélodie très dynamique…

Lydia Night : J’aime vraiment le fait que certaines chansons soient des juxtapositions parfois conflictuelles. Pour « Living Human Girl », la thématique est sensible, voire sombre, mais elle doit aussi se révéler comme quelque chose d’utile et de positif, donc la mélodie se fait plus entraînante.

« Come Through » est une autre chanson à message. D’une certaine manière, sentez-vous une forme de responsabilité à travers votre musique ?

Lydia Night : Oui, il y a d’ailleurs une forme de pression ! Je n’y avais pas vraiment pensé pour le premier album car j’écrivais ce que je ressentais comme je le voulais. Mais en abordant le second, alors qu’on a désormais des fans, je m’aperçois que ce que l’on va dire va avoir un impact pour ces gens. C’est difficile de ne pas être affecté par cette dimension dans le processus d’écriture.

Cette spontanéité justement qui est un trait important dans votre groupe, avez-vous peur qu’elle s’étiole avec les années ?

Lydia Night : De temps en temps oui. Mais je crois vraiment qu’elle est profondément ancrée en chacun de nous, dans notre musique et dans nos convictions. J’espère vraiment qu’elle restera.

Genessa Gariano : Pour qu’elle demeure, il faut continuer à écrire sans vraiment être obnubilé par ce que l’on peut dire sur nous ou ce que l’on attend de nous.

Vous avez également fait une reprise de la chanson « Helpless » issue de la comédie musicale « Hamilton ». C’est vous qui avez choisi ce morceau précisément. Pourquoi ?

Lydia Night : J’ai vu la comédie et cette chanson s’est tout de suite imposée à moi. J’ai acheté le disque et je n’arrêtais pas de l’écouter encore et encore. C’est un très thème très pop, c’est aussi l’histoire de trois sœurs, ce qui me rappelle un peu notre aventure. J’adore vraiment cette chanson. Quand on a commencé à se pencher sur cette reprise, on n’a pas vraiment réfléchi à la manière dont on allait la faire. On l’a juste joué de notre manière, comme on aurait pu l’interpréter si on l’avait composée. Et ça a fonctionné instantanément.

Propos recueillis par Thomas Destouches