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Malik Djoudi : “un album, c'est un paysage”

Malik Djoudi : “un album, c'est un paysage”

02 Nov 2022

Quel est le point commun entre Isabelle Adjani, Philippe Katerine, Etienne Daho, Frànçois Atlas et la rappeuse Lala &ce ? Tous ces talents ont collaboré avec Malik Djoudi, artiste subtil élevé à Poitiers.

Cet auteur-compositeur à voix androgyne a d’abord fait ses armes dans des groupes pop, avec des chansons en anglais. Avec le temps, il a trouvé peu à peu son style, tout en discrétion, assumant enfin de s’exprimer en français dans sa musique. Cet équilibre en humilité et courage fait des étincelles. Ses deux premiers albums, Un (2017) et Tempéraments (2019), salués par la critique et le public, ont récemment été complétés par un troisième long format, intitulé Troie.

Un recueil qui se caractérise par sa pop classique et ses touches electro épurées, qui évoquent autant Sébastien Tellier que James Blake.

“Quand je compose, c’est souvent la mélodie avant, puis les arrangements, puis les textes. Personnellement, je ne commence jamais avec les textes en premier, sauf si je dois écrire pour les autres. Je marche dans la rue, une mélodie arrive, et bim ! C’est comme ça, et ça a toujours été comme ça, un peu énigmatique. Peut-être que je changerai de méthode un jour”. 

Tu as un carnet ?

“Des notes dans l’iPhone, surtout, avec des mots, des phrases. Puis il faut faire jouer les mots sur une mélodie”. 

La chanson que tu joues sur scène, elle ressemble beaucoup à celle que tu imaginais au départ ? 

“Souvent l’idée est là, je l’entends, j’essaye de retranscrire ce que j’ai dans la tête sur bande. Mais il y a des accidents, qui viennent donner de l’inspiration supplémentaire”. 

L’inspiration, c’est un muscle ?

“Je pense que l’empirisme, c’est pas mal quand même. Mais je crois que c’est une histoire d’énergie, de se sentir bien. Moi, plus jeune, c’était open bar, j’avais toujours des mélodies dans la tête. Mas aujourd’hui, je dois travailler davantage. Bon, ça ne se tarit pas, jamais. Mais j’ai parfois envie de faire quelque chose de différent : par exemple, je veux bosser le piano pour avoir de nouvelles idées. Mais je fais quand même confiance à ma tête. Oula, c’est difficile Nico…”

Quoi, mes questions ?

“Non, d’expliquer ce qu’il se passe dans le processus, dans ma tête. Mais merci de me le demander. C’est super de parler de l’inspiration, mais ce n’est pas quelque chose que je verbalise. Je ne connais pas le solfège, je ne connais pas les notes. Mais je sais que c’est là”. 

Tu t’es toujours senti musicien ? Ou il y a un moment où tu t’es enfin senti légitime ?

“La légitimité, c’est l’un de mes grands problèmes dans la vie. Je n’ai pas le syndrôme de l’imposteur, j’ai bossé quand même. Mais c’est avant tout une question d’être bien avec mes machines, ma guitare. Plein de musiciens connaissent la musique, et donc font naître l’inspiration de leurs connaissances. Ce n’est pas mon cas”. 

L’ennui, c’est important aussi ? 

“Bien sûr”. 

Tu penses que l’iPhone a tué certaines grandes chansons ? On ne se pose plus, on refuse de ne rien faire, on doit occuper son esprit…

“Aujourd’hui, je sais que dans la composition, il y a quelque chose d’inexplicable. Pour la première fois, je me suis donc autorisé à prendre des vacances. Grâce à cela, je suis bien plus inspiré, justement”. 

Avant d’entamer un album, tu sais où tu vas ? Ou l’album naît de tes compositions ?

“Quand j’ai deux ou trois chansons, qui forment un socle, je compose par rapport à elles et à l’histoire que je veux raconter dans mon album. Le format album, j’ai peur qu’il n’existe plus, mais je continue de le penser comme un paysage”. 

Tu penses parfois à la façon dont nous allons recevoir, décrypter tes textes ?

“Pas du tout. Personnellement, je peux être incroyablement intime dans mes paroles, si le mot est musical, alors ça me convient. C’est ce qui est incroyable : ce métier t’oblige à faire tant de choses, écrire, composer, musique, textes… C’est une alchimie, donc si ça marche, alors c’est que c’est bon, c’est comme cela que ça doit être”. 

Les interviews, ça te convient ?

“J’ai commencé ce métier il y a vingt ans, et cela fait six ans environ que je donne des interviews. Je pense que ça peut tuer ta musique, car l’expliquer, c’est étrange, c’est trahir un peu. Mais cela fait partie du métier, donc plus ça va, plus je prends du plaisir à le faire. Mais je sais que je ne fais pas partie de ces gens qui savent “vendre” leur musique. J’aime faire ça, mais c’est étrange. Chacun peut s’accaparer mes textes, je préfère cela que de devoir les expliquer moi-même”. 

Propos recueillis par Nico Prat

Photos : Christophe Crénel