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Zed Yun Pavarotti ou le rap comme une naissance

Zed Yun Pavarotti ou le rap comme une naissance

24 Août 2019

Vu en première partie d’Orelsan, de Columbine et de Georgio, Zed Yun Pavarotti replace Saint-Etienne sur la carte du rap français.

Un flow mélancolique et des mots d’un réalisme âpre flottent sur ses morceaux, mais sur scène il extériorise (ou exorcise, peut-être) tout ce qui le hante. Après « Grand Zéro », paru en 2018, il sort cette année « French Cash » et poursuit son ascension tout en préservant son côté énigmatique, un goût pour le secret. Intéressé par l’aspect visuel de son art, il propose des vidéos singulières, comme par exemple Le matin, L’huissier, Ulysse, Septembre, ou plus récemment Papillon, dévoilé en février dernier. Au fil du temps, à chaque nouveau clip, le visage de Zed Yun Pavarotti devient de plus en plus constellé de tatouages – le mot « maison » est récemment apparu sous son œil droit.

T’as sorti une mixtape qui s’appelle « Grand Zéro », c’est vachement puissant comme titre…

Zed Yun Pavarotti : Au moment où je m’apprêtais à sortir la mixtape, j’avais énormément d’ambition. J’avais envie de fuir ma condition mais j’avais conscience que j’avais peu de chances d’y arriver. J’avais déjà sorti pas mal de projets et il ne s’était rien passé. Du coup à force d’effort, je me suis dit que j’allais faire le truc le plus inutile mais le mieux fait possible. C’est ça le « Grand Zéro ». Après, évidemment, il y a la notion de partir de rien, d’être sur un terrain détruit.

Mais justement, c’est pas nécessaire de détruire en permanence, dans la musique ?

C’est l’idée. Je savais très bien que je faisais pas du rap « commun », j’ai même pas un bagage hip-hop, et que je construisais quelque chose de nouveau. Je fais du rap et il fallait que je réinvente quelque chose.

La musique c’est une naissance ou une renaissance ?

C’est une naissance, sans hésiter. Avant, j’étais dans le désert. Maintenant, j’en sors, je vois des oasis. En revanche, je sais pas où je vais mais j’ai des cases à cocher.

Comme quoi ?

Faire le Stade de France, c’est une lubie. Une fois que j’aurais fait ça, je peux arrêter. Je fais de la musique pour me dire qu’un jour j’arrêterais.

C’est quoi les luttes que tu mènes avec la musique ?

Je ne suis pas confronté à beaucoup d’adversités parce que je suis seul et que je ne suis pas rentrer dans un processus de compétition avec d’autres artistes. Je ne suis pas dans le ventre de la bête. Je sais que c’est plus risqué mais ça me va bien. Je préfère être en décalé mais j’ai pas envie d’être un artiste underground, coincé dans ma case. Ma proposition musicale est risquée mais je l’assume.

Quelles sont les prochaines oasis sur ton chemin ?

J’ai été un peu frustré par mon dernier projet, « French Cash », pas en terme de succès mais de contenu, ça a été un processus de sortie très long. Donc là, je bosse sur un nouvel album avec des défis plus réduits parce que je veux être dans l’immédiateté. J’ai hâte de voir ce que ça va donner. Ça a été super important de me frustrer mais là, j’ai vraiment envie de faire un chef d’oeuvre.

Propos recueillis par Sarah Koskievic

Photo : Mathieu Foucher